La Censure a-t-elle tué les Héros ?

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En marge de l’édito sur « Le Mythe du Héros », une discussion avec mon entourage m’a soudainement fait prendre conscience que l’évolution ou la régression des héros avait commencé depuis plusieurs décennies déjà.

Il y a 50 ans, Zorro, Thierry la Fronde, Bleck Le Roc, Rintintin étaient les premiers héros. Accessibles à la télé, en BD ou même en livres, ils étaient humains, sans pouvoirs spéciaux, seulement dotés d’un grand courage et d’une habileté spéciale (épée, fronde, intelligence…). Leurs ennemis également humains se retrouvaient généralement sous les traits d’hommes de couleurs, d’indiens, ou d’oppresseurs en grand nombre. Si Zorro ne faisait qu’humilier ses ennemis sans les tuer, les autres n’hésitaient pas à abattre leurs adversaires d’un coup de revolver. La morale à l’époque voulait encore que certains hommes soient «inférieurs » à d’autres. Le blanc étant toujours le gentil, et l’autre, le méchant.

Heureusement, les mentalités ont évolué et ont fait place à de nouveaux modèles pour les jeunes. Finis les méchants noirs, et les vilains indiens ! Tous doivent être mis sur le même pied d’égalité, alors comment faire ? Doit- on parler de censure ou de sens moral ? Ce n’était pas la violence de ces séries qui était remise en cause, mais la façon dont la vision des Hommes « libres et égaux en droit » était bafouée. A l’heure où l’Amérique se battait contre l’apartheid, l’opinion publique devait faire quelque chose…

Pour palier à cela, le héros devient alors, un Super héros. Captain America voit le jour. Un super soldat sorti de la seconde guerre mondiale et qui se bat contre son ennemi de toujours : Crâne Rouge. Symbole explicite du communisme russe, ce personnage reste tout de même un simple symbole et ne lèse aucune couche de la société. Noirs, latinos, riches ou pauvres, personne ne peut se plaindre d’être caricaturé. C’est alors que, pendant longtemps, ce type de héros voit le jour. Spiderman, Superman et tant d’autres pour les comics, Sangoku, Musclor, les Cosmocats pour les dessins animés et manga… Un héros relativement concret mais complètement imaginaire, face à un ennemi souvent représenté sous des traits monstrueux et donc totalement irréel dans l’esprit des lecteurs et spectateurs.

Ensuite, dans les années 90, un autre problème surgit. La violence. Le héros, aussi fictif soit-il, devient trop violent et l’originalité devenant de mise pour créer un héros qui sort du lot, il devient même antihéros. Pour exemple, Ken le Survivant qui malgré sa douceur avec ses amis devient un être sanguinaire lors de ses combats, ou encore Spawn, héros « mort vivant » de comics dont le visage porte encore les traces de son assassinat. Brûlé vif…

Puis dans le monde, des jeunes décident de s’identifier au héros. « Ils sont surhumains, ils sauvent le monde, ils sont adulés, pourquoi pas nous ? » C’est alors, que Tueurs Nés, Scream sont pointés du doigt quand des meurtres surviennent copiant radicalement les scénarios ou que des étudiants débarquent au lycée armes au poing… Comme toujours une poignée d’idiots qui confond Fiction et Réalité arrive à faire surgir les associations « de sauvegarde de l’enfance » comme des diables de leurs boites.

Bref, trop de violence et voila que l’opinion publique tape du poing sur la table. Dieu sait que j’aime leur taper dessus, mais pourtant, ces associations de censure ont-elles eu tort d’intervenir ? Qui sait quelles autres horreurs nous aurions dû supporter si la Censure avec un grand C n’avait pas fait son œuvre. C’est donc une intervention en tant que « jeune » que je cautionne ! Et oui mesdames, messieurs !

 Encore faut-il que cela soit bien fait…

Prenons le cas de Dragon Ball Z. Faire disparaître le sang pouvait effectivement avoir son importance pour éviter tout symbole de mort et de douleur dans les esprits, mais c’était sans compter sur nos charmantes têtes blondes qui se sont rapidement dit « Si je mets un pain dans la tête de Nicolas, il ne saigne pas ? Coooool ». La notion de violence devenait donc aussi imperceptible que le sang effacé des écrans de télévision.

Dans la même veine, je crois ne pas avoir une seule fois entendu le mot « TUER ». Celui-ci est remplacé par des synonymes, « éliminer », « te faire disparaître de la surface de la Terre »…. Les combats étaient également tronqués, les épisodes devenant une suite de discussions ponctuées par des « Je vais t’éliminer ! » ravageurs, soudainement coupés pour cause de combat puis, les palabres reprenaient alors qu’un des interlocuteurs nous apparaissait blessé.

Et voila qu’aujourd’hui, on nous sert des héros « drôles ». Au final, pas de violence, pas de soumission, pas de malheureux, de gagnant ou de perdant. Le faire- valoir des années 80 a supplanté le héros classique. Krilin plus fort que San Goku, Orko plus charismatique que Musclor… Mais que dira l’opinion publique dans 5 ou 10 ans ? Que ces personnages débilitent nos enfants ? Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne véhiculent plus les valeurs chères à Joseph Campbell.

A travers tous ces exemples, nous pouvons nous rendre compte que la littérature ne semble pas touchée par ces modifications imposées. Pourquoi ? Simplement parce qu’un livre reste un média moins « grand public » que la télé. Et évidemment, l’absence d’image la préserve de toute censure.

Alors, un mal pour un bien ? Ou un bien pour un mal ? Le dosage reste difficile à établir, et il ne faut pas taper sur Famille de France comme ils ont eux -mêmes tapé sur nos Héros. Une génération de dessins animés violents, puis une autre de dessins animés  débilitants ; une fois le calibrage fini, peut-être pourrons-nous connaître un équilibre. Quoiqu’il en soit, je reste persuadé qu’entre « Intervention » et « Suppression », la marge reste grande. Si trop de violence tue à coup sûr la violence, je reste persuadé que trop de censure, tue le héros.


 

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