« Par le fer et par le sang » – Les premières pages.

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Réveillé par le froid de la rosée du matin déposée sur toutes les parties découvertes de son corps, Kinnison fut le premier debout. La nuit ne l’avait pas épargné et tous ses muscles le faisaient atrocement souffrir. Son bouclier en guise de couver­ture, et son épée à portée de main, le chevalier s’était préparé à toute éventualité durant son sommeil. Ses deux compagnons dormaient toujours, d’un sommeil agité. Kinnison se mit sur pied et contempla ce qui lui restait de son ancienne vie : son armure, son épée et sa monture.

La bataille avait été rude, mais plus que cela, elle avait été vaine… Leur armée décimée, leur seigneur vaincu, les trois frères d’armes s’étaient pliés à l’unique solution qui s’imposait à eux : la fuite. Chevauchant toute la nuit pour échapper aux troupes ennemies chargées d’exterminer les survivants du royaume déchu. Mais ces trois-là étaient plus durs à vaincre, plus durs à attraper et après un ultime combat en sous-nombre, alors que le jour mourait, ils avaient pu se réfugier au pied d’une cascade près de la forêt de Fontiane, paysage paradi­siaque dans d’autres circonstances, et  pourtant dernier décor en date symbolisant leur défaite.

Finalement, qu’est-ce qui était le pire ? Cette défaite sans appel ? La mort du seigneur Wien censé être protégé par Hix ? Tout cela était du passé…

Non, en fait le pire était de se retrouver ici, en territoire en­nemi, en fuite avec d’énormes armures et montures frappées du sceau du royaume de Scalia et de Jaspa. Il était conscient qu’il allait devoir se séparer de tous ces attributs autrefois confiés par le seigneur Wien et qui le rattachaient à leur ancien territoire. Mais son glaive ? Non pas son glaive, aucune marque n’y était apposée et pourtant… il était l’unique lien pouvant trahir son appartenance à son ancienne patrie. Il fallait qu’il efface tout lien avec son passé. À partir d’aujourd’hui, il était hors de question de retourner là-bas, sauf peut-être… sauf peut-être pour la vengeance.

Le surnombre, les machines de guerre, tout était de leur côté… Alors quoi ?!

Debout face à la cascade de Fontiane, Kinnison fut tiré de ses pensées par la voix réconfortante de Hix.

  • – N’y pense plus, dit-il.
  • – Comment oublier ? Nos vies étaient vouées à ce royaume, et maintenant…
  • – Je sais, maintenant il faut tout faire pour sauver nos vies et nous faire oublier.
  • – Je suis d’accord, Hix. Mais pourquoi tout a tourné à notre désavantage ?

 

Le visage assombri, Hix effaça cette conversation d’un geste de la main. Levant la tête vers le ciel, et scrutant les envi­rons, il déclara qu’il était grand temps de réveiller Cassidy et de partir. Ce dernier ouvrit les yeux dès que Kinnison prononça son nom, comme s’il ne dormait pas…

Des trois hommes, Hix était celui qui était le plus affecté, celui qui avait le plus souffert de cette bataille, et pour cause, il était le garde du corps du seigneur Wein qui avait péri la veille. Quel déshonneur pour un chevalier ! Il n’avait pas dit un mot depuis la cavalcade de la nuit précédente. Le garde du corps avait chevauché toute la nuit, prenant la tête du groupe et guidant les deux autres à travers bois et champs jusqu’au refuge où ils avaient fait halte.

Toute la nuit, la promesse qu’il avait faite devant l’assemblée des chevaliers de Scalia l’avait hanté. Ce serment qui faisait de lui le garde du corps officiel du seigneur Wein, ce serment qui avait fait la fierté de sa famille. Même son père, très malade à l’époque, avait pu être témoin de la réussite de son fils. Pour atteindre cet objectif, Hix s’était entraîné plus que quiconque, avait passé d’inombrables tests, il avait vaincu ses concurrents à la loyale dans un tournoi officiel. Et son sacre attendu en avait fait l’un des hommes les plus puissants et prometteurs de Scalia. Le jour de sa nomination aux côtés de Wein, tous les chevaliers ou aspirants et les familles importantes du pays étaient présents. Son jour de gloire personnel symbolisait le début d’une nouvelle relation entre Hix et Wein, les amis d’enfance. Son grade lui apportait respect et pouvoir mais son avenir prometteur s’était brisé la veille au soir, lorsqu’il avait failli à son devoir. Tout s’était soudain arrêté, quand devant ses yeux l’âme avait violemment quitté le corps de son seigneur et ami. Wein s’était accroché à la vie comme une flamme mourrante à la mèche d’une bougie. Puis dans un dernier souffle, la lueur s’était éteinte dans ses yeux et avait signé la fin de Scalia et celle de nombreux espoirs.

Il n’y eut aucune contestation quant au fait d’abandonner les chevaux marqués au fer rouge du symbole de Scalia, il en fut évidemment de même pour les armures. En l’espace d’un instant, ces hommes passèrent du rang de chevaliers du pays de Scalia à celui de vagabonds du pays d’Abril, leurs meilleurs ennemis. Même depuis la réunification de Vanissis, ces deux territoires étaient restés en simple tension politique. La nuit dernière, elle avait pris une envergure inattendue…

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